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Comprendre le premier rang agricole de Montréal

Un premier rang ne suffit pas à nourrir une ville

Le reportage de Radio-Canada présente Montréal comme la première des dix villes étudiées pour son agriculture urbaine. Le classement s’appuie notamment sur le nombre de jardins communautaires et d’entreprises d’agriculture urbaine. C’est une nouvelle intéressante, mais elle demande un peu de prudence avant de devenir un slogan municipal.

Un classement mesure toujours ce qu’il choisit de compter

Ce que les chiffres rendent visible Les jardins communautaires sont faciles à dénombrer. Les entreprises aussi, du moins en partie. Ces indicateurs donnent une image concrète d’un réseau qui existe réellement dans plusieurs quartiers montréalais. Ils montrent aussi que l’agriculture urbaine ne se limite pas aux quelques bacs installés sur une terrasse privée. Elle comprend des lieux collectifs, des organismes, des fermes sur toit, des projets d’économie sociale et des espaces où l’on transmet des connaissances.

Mais le nombre de sites ne dit pas tout. Il ne nous renseigne pas nécessairement sur la superficie cultivée, la quantité d’aliments produits, la durée des projets ou l’accès des ménages à faible revenu. Il ne permet pas non plus de savoir si les jardins sont bien répartis entre les arrondissements, si les listes d’attente sont longues ou si les installations sont accessibles aux personnes ayant des limitations physiques.

La question de l’accès Dans un jardin communautaire, l’accès à une parcelle est une ressource en soi. Il faut un espace disponible, du temps, des outils, de l’eau et parfois une certaine expérience. Pour une famille qui habite un logement sans balcon, un jardin peut représenter beaucoup plus qu’un loisir. Il peut offrir un contact avec le vivant, des légumes frais, un lieu de voisinage et une activité extérieure régulière.

À l’inverse, un projet d’agriculture urbaine peut être très visible tout en restant difficile à rejoindre pour les résidents du secteur. Un toit productif n’a pas le même effet quotidien qu’un jardin situé à quelques minutes de marche. Une entreprise peut produire efficacement sans être conçue comme un lieu de participation citoyenne. Ces projets ne sont pas en concurrence, mais ils ne répondent pas aux mêmes besoins.

Le prochain indicateur devrait être local J’aimerais voir les données présentées à une échelle plus fine. Combien de parcelles sont disponibles par quartier? Combien de personnes attendent une place? Quelle part des jardins est accessible sans voiture? Combien de projets reçoivent un soutien public, et pour combien d’années? Les récoltes sont-elles consommées sur place, vendues dans le quartier ou données à des organismes?

Ces questions ne diminuent pas la portée du classement. Elles indiquent plutôt comment le rendre utile. Une première place peut aider à faire connaître des initiatives et à justifier des investissements. Elle ne devrait pas remplacer le suivi patient des résultats, surtout dans une ville où les terrains sont chers et où les usages se disputent chaque parcelle.

Le reportage est donc une bonne porte d’entrée, pas un bilan complet. Montréal peut être fière de son réseau d’agriculture urbaine tout en demandant des informations plus précises sur sa portée sociale, alimentaire et territoriale. Le meilleur classement serait peut-être celui qui permettrait à chaque arrondissement de voir clairement ce qui fonctionne, ce qui manque et qui reste encore à servir.

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